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Avr 27 2010

Crime et trahison

J’ai décidé de suivre ses traces. Celles de ma guerrière, de cette femme fière et combative, et pourtant si chétive et fragile entre mes mains. Elle a disparu il y a plusieurs mois, et je venais enfin de découvrir une piste - certes un peu froide.

Des indications floues m’ont été données à Sanctum. Pour les obtenir, j’ai profité de l’innocence éthylique d’un Daeva moins consciencieux que moi sur ses secrets.

Une histoire de failles d’éther d’un type particulier, permettant de se rendre dans des endroits censément innaccessibles. Loin derrière les défenses ennemis. Je pensais qu’il parlait des balaurs, vu son grade et sa position - que je ne révélerais pas, inutile de lui porter préjudice - mais je me suis trompé.

Il m’aura fallu l’aide d’artisan Shugo, et d’un marché avec l’une de ces satanées bêtes à poils, pour prévoir mon voyage : j’étais déterminé à emprunter ce soi-disant passage “secret”. Un chemin détourné et complexe. En moins de deux mois, j’avais les moyens de mes ambitions. En tout cas, c’est ce que j’ai cru.

Après m’être rendu presque aux limites connues des Abysses, je me suis laissé tomber. Une chute de plusieurs minutes. Je me suis demandé un instant si je n’étais pas trop loin d’un obélisque en cas de problème. J’ai préféré ne pas vérifier, j’ai fermé les yeux.

Lorsque je les ai rouverts, il faisait nuit. Pas cette nuit lumineuse que nous connaissons sur Elyséa, mais cette nuit noire, sombre, d’Asmodae. J’étais donc bien arrivé à destination.

C’est quelque chose de très déstabilisant pour moi, il m’a fallu plusieurs minutes pour m’habituer à cette obscurité. Même plusieurs heures après, lorsque le ciel irradia d’une lueur crépusculaire, j’avais du mal à réaliser l’ampleur de la différence entre nos deux “mondes”.

Je ne tiens pas à tout raconter. Ce que j’ai vu là bas restera gravé dans ma tête. J’ai, en outre, des problèmes de mémoires. Certaines choses n’auraient jamais dû se produire. En tout cas, j’aurais aimé qu’elles ne se produisent pas.

Car je ne suis pas tombé sur un village d’Asmodien assoiffés de sangs, aux pouvoirs équivalents aux miens. Je suis arrivé au milieu d’un village d’Asmodien de tous les âges, enfants, vieillards, des femmes, des hommes. Je ne cherchais pas le combat, je cherchais des réponses.

Je me suis approché d’eux, et nous avons essayé de communiquer - pacifiquement. Mais cela n’a pas fonctionné.

Quelque chose a mal tournée. Les images sont flous dans ma tête. J’ai du me défendre, et j’ai tué, tué, et encore tué. Des litres de sangs ont coulé, de ça je suis certain. Qui en est le responsable ? A qui incombe la faute ? Je ne sais. Je pense ne pas vouloir m’en souvenir, de peur de découvrir que je ne suis qu’un monstre.

Et c’est là justement, que je prends réellement peur. Que je suis terrorisé. Car je suis revenu de là bas, étourdis et sous le choc, blessé mais vivant. Je ne sais même pas comment j’ai réussi.

J’ai discuté avec une Daeva. Elle gardera mon secret, je le sais. Mais si ce n’est pas le cas… alors il y a deux options.

Soit je suis considéré comme un criminel de guerre, un monstre, un être abject. Soit, pire encore à mes yeux, je suis jugé comme un traître pour les propos que je tiens ici. Les lois sont dures à Sanctum, et la tendance politique actuelle semble assez claire : quiconque envisage autre chose que la guerre contre les Asmodiens est un traître.

Moi qui y suis allé pour chercher des réponses, moi qui n’ai cherché qu’à me défendre. Moi qui ait cherché à discuter…

Dans cette guerre, suis-je un criminel ou un traître ?

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