Paix.
L’éternité n’est vraiment pas une bénédiction.
Au début, j’avais simplement une voie, un chemin, quelque chose à suivre et à quoi me tenir simplement. Ma foi en Aion était suffisante.
L’éternité ne veut pas forcément dire vivre éternellement, mais plutôt, que le temps s’arrête pour soi, tandis qu’il reste en marche pour le reste du monde. Ou, comme je le dis parfois, pour les restes du monde.
Ce glissement - de la foi à la désillusion, de la désillusion au désespoir, du désespoir à la colère, de la colère à la lassitude - s’est oppéré tantôt de manière brutale, tantôt d’une trompeuse et insidieuse lenteur. Je ne saurais trop dire.
Je ne me souviens plus du début, je ne me rappelle même pas comment tout cela a bien pu commencer. Je me rappelle simplement qu’un jour, je me suis réveillé, avec la sensation que le temps s’était arrêté pour moi. Qu’il n’y avait plus désormais rien qu’un éternel recommencement. Qu’il n’y avait ni passé ni avenir.
Mes souvenirs sont vagues et morcelés. Je honnis le jour où mes recherches me conduisirent à comprendre, puis réapprendre, là où je suis né, avec qui j’ai pu vivre, et ceux que j’ai pu aimer - et qui n’existent donc plus. Tous cela, révoqué par le temps, enfermé dans un passé révolu que seuls quelques êtres encore connaissent aujourd’hui. Ils se gardent bien de le partager, et comment leur en vouloir ?
C’est anecdotique, mais je me suis demandé récemment si cette guerre n’avait point de fin uniquement parce que nos seigneurs en avaient oublié les réels fondements, à l’image de tout ce que j’ai pu moi-même oublier. Ne sont-ils pas, tout comme certains d’entre nous, simplement aveuglés par la perte de cette mémoire, bloqués par cette maudite intemporalité ?
Je m’égare encore en conjectures et pensées. Je n’ai pourtant rien d’un penseur, d’un philosophe. Je suis un guerrier, mon armure est ma protection, et mon arme est l’outil de ma vocation.
D’autant que ces sombres pensées ne peuvent résister bien longtemps à la présence de cette petite clerc au méla. Cette lueur d’espoir, cette complicité, cette sincérité, ces sentiments, c’est elle. Je ne parle pas de cet espoir d’un monde meilleur, ou, plus utopique encore, cet espoir de remettre le temps en marche.
Non, il s’agit là du repos de l’âme. Il s’agit là de la paix entre soi et l’extérieur, et surtout, la paix intérieure. C’est cet espoir là qu’elle apporte par sa présence, par cette sérénité transmise par un sourire, une caresse, un mot, ou, plus étonnant encore, le silence de sa présence.
Nul besoin de s’affirmer, nul besoin de prendre ses marques, de défendre un territoire, ou de conserver ses avantages. Rien de plus, et rien de moins, que l’égale réciprocité.
Ma vie telle que je m’en souviens est écrite dans ce carnet. Cette vie intemporelle, cette vie hors du temps.
Elle me parle, ma petite clerc, elle me dit ces mots tous simples, ses mots bien à elle pour m’atteindre, ses mots simples et profonds à la fois.
Tu ne seras plus jamais seul maintenant. Je serais là et cette partie de toi qui grandit en moi est là elle aussi. J’ai fait mon choix. Je ne pourrais pas sauver tout le monde. Mais si je restes auprès de toi je sais que je pourrais te sauver toi.
Mon sourire est la réponse la plus sincère que je puisse lui donner, mais je m’emporte vite, et ne peux m’empêcher de lui répondre.
Alors c’est ainsi. Je suis en paix grâce à toi, et je ne souhaite rien de moins que partager cette paix avec toi. Ce repos que je cherche et que je te dois, je veux qu’il soit notre bonheur. Ma petite clerc au méla. Ylenwe.
Et il n’y eut plus rien à dire.
FIN
Référence nécessaire : ylie.tumblr.com



